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Sujet : En quel sens la connaissance scientifique peut-elle être un désenchantement du monde ?

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Extrait du corrigé : PLAN I La connaissance scientifique comme dévoilement de la réalité            Connaître scientifiquement c'est connaître de façon objective et sûre. La science teste les objets pour pouvoir pallier à l'erreur des sens qui peuvent se tromper (cf. Descartes). La science nous lève le voile de la vérité, nous connaissons le monde de façon objective et rationnelle. Chaque époque connaît son paradigme scientifique , c'est à dire qu'il possède un savoir communément accepté par la société, le monde n 'est lus cousu de fil blanc mais est compris dans son intégralité.   "On appelle vérité, par une figure de rhétorique, ce qu'on a cru vrai à une certaine époque ou en un certain pays" Lalande   "Les Stoïciens disaient qu'un fou qui crie, en plein jour, qu'il fait jour, ne dit pas la vérité: car celle-ci n'est pas la copie stérile d'un monde évident." Grateloup  DESCARTES Ainsi, à cause que nos sens nous trompent quelquefois, je voulus supposer qu'il n'y avait aucune chose qui fût telle qu'ils nous la font imaginer ; et pour ce qu'il y a des hommes qui se méprennent en raisonnant, même touchant les plus simples matières de géométrie, et y font des paralogismes, jugeant que j'étais sujet à faillir autant qu'aucun autre, je rejetai comme fausses toutes les raisons que j'avais prises auparavant pour démonstrations ; et enfin considérant que toutes les mêmes pensées que nous avons, étant éveillés, nous peuvent aussi venir quand nous dormons sans qu'il y en ait aucune pour lors qui soit vraie, je me résolus de feindre que toutes les choses qui m'étaient jamais entrées en l'esprit n'étaient non plus vraies que les illusions de mes songes. Mais aussitôt après je pris garde que, pendant que je voulais ainsi penser que tout était faux, il fallait nécessairement que moi qui le pensais fusse quelque chose ; et remarquant que cette vérité : je pense, donc je suis, était si ferme et si assurée que toutes les plus extravagantes suppositions des Sceptiques n'étaient pas capables de l'ébranler, je jugeais que je pouvais la recevoir sans scrupule pour le premier principe de la Philosophie que je cherchais. Puis examinant avec attention ce que j'étais, et voyant que je pouvais feindre que je n'avais aucun corps, et qu'il n'y avait aucun monde ni aucun lieu où je fusse ; mais que je ne pouvais pas feindre pour cela que je n'étais point ; et qu'au contraire de cela même que je pensais à douter de la vérité des autres choses il suivait très évidemment et très certainement que j'étais ; au lieu que si j'eusse seulement cessé de penser, encore que tout le reste de ce que j'avais jamais imaginé eût été vrai, je n'avais aucune raison de croire que j'eusse été, je connus de là que j'étais une substance dont toute l'essence ou la nature n'est que de penser, et qui pour être n'a besoin d'aucun lieu ni ne dépend d'aucune chose matérielle, en sorte que ce moi, c'est-à-dire l'âme par laquelle je suis ce que je suis, est entièrement distincte du corps, et même qu'elle est plus aisée à connaître que lui, et qu'encore qu'il ne fût point, elle ne laisserait pas d'être tout ce qu'elle est.   II Connaître c'est ne plus rêver          Le monde de l'enfance et de l'ignorance est envahi de tromperies.

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Définitions

  • sens : Du latin sensus, organe des sens, façon de sentir ou de penser . (a) Faculté d'éprouver des sensations d'un certain ordre (exemple : le sens du toucher). (b) Intelligence intuitive ou immédiate (exemple : le sens du commerce). (c) Intention de celui qui parle ou agit, signification des mots qu'on emploie. (d) Direction ou orientation d'un mouvement. (e) Bon sens : faculté de bien juger, de distinguer le vrai d'avec le faux (synonyme de raison chez Descartes). (f) Sens commun : ensemble d'opinions et de jugements reçus dans un milieu déterminé.
  • connaissance : CONNAÎTRE / CONNAISSANCE: 1. Être familier de quelqu'un ou quelque chose. 2. Discerner, distinguer quelque chose : « Le premier et le moindre degré de connaissance, c'est d'apercevoir » (CONDILLAC) 3. Posséder une représentation de quelque chose, en part. une représentation exacte. 4. Connaissance: a) Acte par lequel un sujet s'efforce de saisir de saisir et de se représenter les objets qui se présentent à lui. b) Résultat de cet acte.
  • peut : Est-il possible, est-il légitime.
  • être : Du latin esse, « être ». 1) Verbe : exister, se trouver là. En logique, copule exprimant la relation qui unit le prédicat au sujet (exemple : l'homme est mortel). 2) Nom : ce qui est, l'étant. 3) Le fait d'être (par opposition à ce qui est, l'étant). 4) Ce qu'est une chose, son essence (exemple : l'être de l'homme). 5) Avec une majuscule (l'Être), l'être absolu, l'être parfait, Dieu.
  • désenchantement : Le sociologue Max Weber, au début du XXième siècle, affirme que le judéo-christianisme a préparé un monde sécularisé pour les hommes. Chez les peuples de l'Antiquité, la nature est sacrée, peuplée d'esprits. Avec l'idée d'une création unique, absolue par Dieu, tout cela disparaît: le christianisme désenchante le monde, le préparant ainsi à la maîtrise technique, à la froide connaissance scientifique et à l'exploitation économique.
  • monde : Ensemble des réalités matérielles qui constitue l'univers, mais aussi le monde humain, les relations entre les hommes.

Problématique

Notre première connaissance du monde est immédiate. Nous percevons l'environnement avec nos sens, nous apprenons à distinguer les objets et créons notre connecter logiques subjectifs pour avoir une pensée cohérente et synthétique. L'enfant qui ne connaît encore que peu de chose doit vivre intuitivement, imaginer les éléments manquants afin de construire un univers stable et compréhensible. L'homme possède une science qui lui permet d'aborder le monde de façon plus rationnelle. Plutôt que de le connaître intuitivement, il veut le connaître te qu'il est indépendamment de sa subjectivité. La connaissance empirique cède, on ne perçoit plus le monde, on le connaît strictement. La question posée ici est : en quel sens la connaissance scientifique peut-elle être un désenchantement du monde ? En quel sens signifie sous quel point de vue plutôt qu'un autre, nous pouvons donc aborder la connaissance scientifique comme toujours enchanteresse, elle nous enchante, nous ravi, elle nous plait mais pas toujours. Ce problème concerne donc les sciences de la nature, celles qui nous désillusionnent face à nos expériences personnelles des objets du monde, nous devons accepter la connaissance scientifique comme une vérité absolue, un paradigme dans lequel nous nous trouvons et que nous ne pouvons nier. Le rêve laisse la place à la réalité, cependant comment pouvons nous regretter une situation dans laquelle nous ne pouvions connaître le monde que de façon imaginaire? La vérité n'est elle pas plus plaisante que la tromperie?

 

Textes / Ouvrages de référence

I La connaissance scientifique comme dévoilement de la réalité

         Connaître scientifiquement c'est connaître de façon objective et sûre. La science teste les objets pour pouvoir pallier à l'erreur des sens qui peuvent se tromper (cf. Descartes). La science nous lève le voile de la vérité, nous connaissons le monde de façon objective et rationnelle. Chaque époque connaît son paradigme scientifique , c'est à dire qu'il possède un savoir communément accepté par la société, le monde n ‘est lus cousu de fil blanc mais est compris dans son intégralité.

"On appelle vérité, par une figure de rhétorique, ce qu'on a cru vrai à une certaine époque ou en un certain pays" Lalande

"Les Stoïciens disaient qu'un fou qui crie, en plein jour, qu'il fait jour, ne dit pas la vérité: car celle-ci n'est pas la copie stérile d'un monde évident." Grateloup 

DESCARTES
Ainsi, à cause que nos sens nous trompent quelquefois, je voulus supposer qu'il n'y avait aucune chose qui fût telle qu'ils nous la font imaginer ; et pour ce qu'il y a des hommes qui se méprennent en raisonnant, même touchant les plus simples matières de géométrie, et y font des paralogismes, jugeant que j'étais sujet à faillir autant qu'aucun autre, je rejetai comme fausses toutes les raisons que j'avais prises auparavant pour démonstrations ; et enfin considérant que toutes les mêmes pensées que nous avons, étant éveillés, nous peuvent aussi venir quand nous dormons sans qu'il y en ait aucune pour lors qui soit vraie, je me résolus de feindre que toutes les choses qui m'étaient jamais entrées en l'esprit n'étaient non plus vraies que les illusions de mes songes. Mais aussitôt après je pris garde que, pendant que je voulais ainsi penser que tout était faux, il fallait nécessairement que moi qui le pensais fusse quelque chose ; et remarquant que cette vérité : je pense, donc je suis, était si ferme et si assurée que toutes les plus extravagantes suppositions des Sceptiques n'étaient pas capables de l'ébranler, je jugeais que je pouvais la recevoir sans scrupule pour le premier principe de la Philosophie que je cherchais. Puis examinant avec attention ce que j'étais, et voyant que je pouvais feindre que je n'avais aucun corps, et qu'il n'y avait aucun monde ni aucun lieu où je fusse ; mais que je ne pouvais pas feindre pour cela que je n'étais point ; et qu'au contraire de cela même que je pensais à douter de la vérité des autres choses il suivait très évidemment et très certainement que j'étais ; au lieu que si j'eusse seulement cessé de penser, encore que tout le reste de ce que j'avais jamais imaginé eût été vrai, je n'avais aucune raison de croire que j'eusse été, je connus de là que j'étais une substance dont toute l'essence ou la nature n'est que de penser, et qui pour être n'a besoin d'aucun lieu ni ne dépend d'aucune chose matérielle, en sorte que ce moi, c'est-à-dire l'âme par laquelle je suis ce que je suis, est entièrement distincte du corps, et même qu'elle est plus aisée à connaître que lui, et qu'encore qu'il ne fût point, elle ne laisserait pas d'être tout ce qu'elle est.

II Connaître c'est ne plus rêver

         Le monde de l'enfance et de l'ignorance est envahi de tromperies. L'homme a conscience du monde et il a besoin d'une connaissance synthétique et cohérente pour pouvoir évoluer. Ainsi, face à l'absence de connaissance scientifique l'homme vit dans l'illusion, il se trompe, il doute et ne peut qu'adopter un savoir subjectif. Le désenchanteme,nt c'est la perte du rêve mais pas dans un sens positif, c'est la perte de l'absence de la réalité, nous sommes désabusés, nous nous éveillons à la connaissance du vrai.

"Dire la vérité est utile à celui à qui on la dit, mais désavantageux à ceux qui la disent parce qu'ils se font haïr" Pascal

"Une vérité qu'on nous dit fait plus de peine que cent que nous nous disons à nous-mêmes" Fénelon

III le désenchantement comme l'exercice de la vérité

         La découverte du monde à travers le regard scientifique peut être une révélation bénéfique pour l'homme. Il ne s'agit pas d'un désenchantement en terme péjoratif, mais en tant que vigilance face à l'illusion. L'homme découvre ses erreurs, il ne connaît plus le monde de façon intuitive mais peut enfin découvrir une vérité unique et sûre . En ayant découvert ses erreurs l'homme est plus vigilant face à ses faux pas, il s'approche donc de plus en plus de la vérité. 

"C'est par l'expérience de l'erreur que nous arrivons à l'idée positive de vérité. La vérité ne se manifeste que par son opposition à une erreur préalable." J. Wahl

"Les vérités réelles ne sont que des erreurs redressées." Alain

"La vérité d'une idée est déterminée par la satisfaction qu'elle procure." W. James

Nietzsche
Personne ne tiendra aisément pour vraie une doctrine, uniquement parce qu'elle rend heureux ou vertueux : à l'exception peut-être des aimables « idéalistes » qui s'enthousiasment pour le bon, le vrai, le beau et font nager dans leur étang pêle-mêle toutes sortes d'objets désirables bariolés, lourds et braves. Bonheur et vertu ne sont pas des arguments. Mais on oublie volontiers, même chez les esprits réfléchis, que rendre malheureux et rendre méchant sont aussi peu des arguments contraires. Il pourrait y avoir quelque chose de vrai et qui fût au plus haut point nuisible et dangereux : il pourrait même appartenir à la constitution fondamentale de l'existence que l'on périsse à la connaissance totale du vrai - de sorte que la force d'un esprit se mesurerait à la dose de vérité qu'il pourrait exactement supporter, pour être plus explicite, au degré auquel il lui serait nécessaire qu'elle fût atténuée, voilée, adoucie, assourdie, faussée. Mais sans aucun doute, pour la mise au jour de certains éléments de la vérité, les méchants et les malheureux sont plus favorisés et bénéficient d'une probabilité plus grande de réussite ; sans parler des méchants heureux - une espèce que les moralistes passent sous silence. Peut-être la dureté et la ruse fournissent-elles de meilleures conditions, pour la naissance de l'esprit fort et indépendant et du philosophe, que cette bonhomie douce, fine et souple et que cet art de l'accommodement que l'on apprécie chez l'érudit et que l'on y apprécie à juste titre. [...] Stendhal apporte au portrait du philosophe de la pensée libre une dernière touche que je ne veux pas négliger de souligner pour l'édification du goût allemand, car elle va contre le goût allemand. Pour être bon philosophe, dit ce dernier grand psychologue, il faut être sec, clair, sans illusion. Un banquier qui fait fortune a une partie du caractère requis pour faire des découvertes en philosophie, c'est-à-dire pour voir clair dans ce qui est.



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